Les politiques pro-bonheur

 

La réduction des inégalités est une première préconisation. La pauvreté diminue en effet bien plus le bonheur que la richesse ne l’augmente et les sociétés moins inégalitaires sont souvent plus heureuses que les sociétés plus inégalitaires. Améliorer le bonheur passe donc par une diminution des inégalités. Cela ne veut cependant pas dire que l’égalité en revenu soit la situation optimale. La réduction des inégalités de revenus se fait essentiellement par la fiscalité. Or la mondialisation et la concurrence fiscale sont mises en avant pour justifier une baisse de la fiscalité. Pour justifier cette baisse de la fiscalité, il est dit aussi que l’argent des riches favorise la croissance de demain. A l’aune de l’économie du bonheur, ces arguments n’ont pas de poids, puisqu’il ne s’agit de favoriser le bonheur, pas la croissance. En outre, l’argument des inégalités fortes comme facteur de croissance est faux.

 

Une deuxième préconisation concerne le temps de travail. Ce qui compte, dans le paradigme du bonheur, c’est que le temps soit heureux. La question n’est donc pas de savoir s’il faut augmenter le temps de travail, le diminuer ou ne rien changer. Le problème principal est d’améliorer le bonheur dans tous les différentes activités de la vie. Il n’en demeure pas moins vrai que les personnes ont tendance à être plus heureuses pendant leurs loisirs plutôt que pendant le travail. C’est sans doute lié aux caractéristiques propres des loisirs. C’est lié aussi au fait qu’il n’y a pas de volonté de favoriser le bonheur au travail. L’état de flow qui est un état psychologique positif, est ainsi atteint plus fréquemment au travail que durant les loisirs.

 

Une troisième préconisation est la neutralisation de la perte de bonheur subie par les chômeurs. La compensation financière ne règle qu’une petite partie du problème. L’essentiel est dans l’aide aux chômeurs afin qu’ils structurent leur temps libre pour à la fois chercher du travail et accomplir des choses qui soutiennent leur bonheur. Si les personnes au chômage finissaient par être plus heureuses que les personnes au travail, cela finirait peut-être par poser des problèmes, des problèmes qui nous ramènerait à la question du bonheur au travail, du bonheur dans l’entreprise et plus généralement dans les organisations.

 

Les préconisations vont au-delà des politiques économiques. Une quatrième préconisation est une réforme de l’école. D’un point de vue développemental, c’est même une première préconisation, puisque les travailleurs ont d’abord été des écoliers. Aujourd’hui, les principales préoccupations de l’école sont de favoriser l’aisance financière future des élèves et de permettre le bon fonctionnement du système économique. Le bonheur présent de l’élève et sa capacité à construire son bonheur futur ne sont pas au centre des préoccupations. Il convient de réformer l’école pour qu’ils le deviennent. Cette réforme possède deux dimensions : une instruction au bonheur, le bonheur étant plus utile par exemple que le théorème de Pythagore ; un environnement scolaire centré sur le bonheur, c’est-à-dire dans lequel on met en valeur le positif et on donne moins d’importance à la réduction des faiblesses. Même si ces pistes étaient mises en pratique, il resterait cependant un souci que l’école ne peut gérer : dans un monde où les inégalités ne sont pas suffisamment réduites, l’école risquerait de rester le lieu de la compétition initiale vers les situations les plus sûres et les plus rémunératrices.

 

Il s’agit là de quatre préconisations parmi les plus importantes.